Afrique : changements majeurs dans l’industrie du café à l’approche de la loi européenne sur la déforestation

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Afrique : changements majeurs dans l'industrie du café à l'approche de la loi européenne sur la déforestation.

Les importateurs de café se détournent des petits agriculteurs africains en prévision de la nouvelle réglementation européenne sur la déforestation. La loi, entrant en vigueur fin 2024, force les entreprises à prouver l’origine de leurs produits, engendrant des répercussions inattendues sur les marchés mondiaux des produits de base.

Les entreprises de café opèrent des ajustements significatifs dans leurs chaînes d’approvisionnement à l’approche de la loi européenne sur la déforestation (RSUE). Cette réglementation, prévue pour entrer en vigueur fin 2024, interdira la vente de biens liés à la destruction des forêts, une cause majeure du changement climatique. Les importateurs de café vers l’Union européenne réduisent déjà leurs achats auprès des petits agriculteurs en Afrique et au-delà, craignant les coûts et la complexité liés à la conformité à la RSUE.

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Les entreprises révisent à la baisse leurs approvisionnements

Quatre grandes entreprises ont signalé une diminution des commandes de café en provenance d’Éthiopie au cours des derniers mois, mettant en lumière les préoccupations concernant l’impact de la RSUE sur les agriculteurs. Johannes Dengler, cadre du torréfacteur allemand Dallmayr, a souligné l’incertitude croissante, déclarant qu’il ne voyait aucun moyen d’acheter des quantités importantes de café éthiopien à l’avenir.

L’EUDR exige que les importateurs prouvent l’origine non déboisée de leurs marchandises, couvrant des produits tels que le café, le cacao, le soja, l’huile de palme, le bétail, le bois et le caoutchouc. Les entreprises doivent numériquement cartographier leurs chaînes d’approvisionnement jusqu’à la parcelle d’origine des matières premières. Cette exigence pose des défis majeurs, surtout dans les régions éloignées où la couverture Internet est inégale.

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Entre exclusion et primes, une quête de conformité complexe

JDE Peets, grand producteur de café, envisage d’exclure certains petits pays producteurs de sa chaîne d’approvisionnement dès mars 2024 s’il ne trouve pas de solution pour se conformer à la RSUE. La Commission européenne a annoncé plusieurs initiatives visant à aider les pays producteurs à se conformer. Elle prévoit notamment un engagement financier de 70 millions d’euros lors de la COP28.

Cependant, la RSUE crée des disparités, mettant en danger les petits agriculteurs et les pays entiers. Les entreprises envisagent de créer des chaînes d’approvisionnement séparées pour les matières premières difficiles à tracer. Cela a réduit l’impact de la RSUE sur la conservation des forêts. Les négociants mondiaux en café, Sucafina et Louis Dreyfus Company, ont déjà conclu des contrats incluant une prime RSUE. Parallèlement, d’autres entreprises cherchent des solutions pour éviter l’inflation alimentaire dans l’UE à 27 pays.

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Les défis actuels de l’industrie du café

La RSUE présente des défis particuliers dans les principaux pays producteurs de cacao, comme la Côte d’Ivoire, où une grande partie de la récolte est vendue par des intermédiaires locaux. Les difficultés pour retracer ces produits risquent de créer des tensions sociales et des troubles. La Commission européenne souligne ses initiatives pour aider les pays producteurs. Mais il faut préciser que des ajustements seront nécessaires pour atténuer les conséquences néfastes sur les petites exploitations.

L’industrie du café est confrontée à des bouleversements majeurs à l’approche de la RSUE. Les importateurs ajustent leurs stratégies d’approvisionnement, mettant en péril les petits agriculteurs et créant des défis logistiques considérables. Alors que la Commission européenne cherche des solutions, l’avenir de l’industrie du café dépendra de la capacité des acteurs à s’adapter à cette nouvelle ère réglementaire.

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