Conflit russo-ukrainien : quelles conséquences pour l’Afrique ?

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Des chars russes près de Kiev

Depuis le 24 février, la Russie a lancé une offensive militaire à grande échelle contre l’Ukraine. Cette situation met de nombreux pays occidentaux dans une position difficile, face au conflit. 

Bien que l’Afrique ne soit pas directement impliquée, elle devrait subir, comme le reste du monde, des conséquences économiques, soit désastreuses ou avantageuses. Celles-ci devraient notamment se ressentir dans les échanges commerciaux entre le continent et les deux pays. Elles pourraient impacter significativement le quotidien de chaque africain.

Sur le plan énergétique

Dès le lendemain de l’invasion russe en Ukraine, le prix du pétrole brut a dépassé les 100 $ le baril. Il s’agit de la première fois depuis 2014, qu’on observe une augmentation aussi élevée.

Cette situation pourrait se révéler avantageuse pour les plus gros producteurs de pétrole brut africains. Il s’agit notamment du Nigéria, de l’Angola, de la Lybie, de l’Algérie et de l’Egypte. La hausse du prix de la matière première leur permettra de vendre leur pétrole plus cher, et donc de ressortir grands gagnants de la crise.

D’autres pays du continent auront accès à des opportunités de croissance à long terme. Il s’agit des pays disposant de réserves importantes de gaz naturel. L’Europe pourrait se tourner vers ceux-ci pour réduire sa dépendance vis-à-vis des ressources énergétiques russes. Déjà avant la crise, ces pays commençaient à éveiller l’intérêt de nombreux investisseurs et compagnies pétrolières. Le gaz naturel a même été décrit par le président de la BAD, Akinwumi Adesina, comme « la clé de la sécurité énergétique du continent ».

Toutefois, la crise ne sera malheureusement pas que bénéfique pour le continent. L’impact potentiel à court terme sur les moyens de subsistance économiques reste préoccupant. La hausse du prix du pétrole sur les marchés mondiaux aura des impacts directs sur le coût des transports. Elle entraînera une montée en flèche du prix des carburants à l’échelle internationale.

Plusieurs pays africains risquent d’être plus impactés par la crise que d’autres. La Zambie, qui croule sous les dettes, a récemment établi un plan de sauvetage avec le FMI. Ce dernier oblige le pays à réduire ses subventions aux carburants. Le Nigéria, qui s’apprêtait à prendre la même décision, a renoncé à son projet le mois dernier. Selon les autorités, une telle décision aurait contribué à aggraver la crise financière que traverse la population.

Enfin, la hausse des coûts de l’énergie affecte également la production d’engrais. Elle causera une augmentation inévitable des prix des engrais sur les marchés mondiaux. Pourtant, ces derniers connaissent déjà une inflation importante depuis plusieurs mois. La situation a déjà causé de grandes pertes dans le rang des petits agriculteurs du continent.

Sur le plan alimentaire

L’Ukraine et la Russie jouent un rôle majeur sur le marché agricole mondial. Ils font partie des plus grands exportateurs de blé et d’huile de tournesol au monde. La Russie produit environ 10 % du blé mondial, tandis que l’Ukraine en produit 4 %. Cela équivaut presque à la production totale de blé de l’Union européenne. Ensemble, les deux pays représentent un quart des exportations mondiales de blé. En 2020, les exportations ukrainiennes d’huile de tournesol représentaient 40 % des exportations mondiales. Celles de la Russie représentaient 18 % de ces exportations.

Chaque année, d’importants échanges agricoles sont effectués entre les pays du continent et la Russie. Selon The Conversation, les pays africains ont importé de Russie, des produits agricoles d’une valeur de 4 milliards $, en 2020. Le blé représentait près de 90 % de ces denrées, contre 6 % d’huile de tournesol. Près de la moitié des importations ont été effectuées par l’Egypte, suivie du Soudan, du Nigéria, de la Tanzanie, de l’Algérie, du Kenya et de l’Afrique du Sud.

L’Ukraine, pour sa part, a exporté près de 2,9 milliards $ de produits agricoles vers le continent, dans la même année. Le blé comptait pour 48 % de ces exportations, contre 31 % de maïs. Le reste des denrées comprenait de l’huile de tournesol, de l’orge et du soja.

Plusieurs semaines avant le début du conflit, l’Afrique subissait déjà une hausse du prix des denrées alimentaires. La crise en cours risque de ralentir ou de mettre fin aux échanges, ce qui ne fera qu’aggraver la situation. La hausse des prix des denrées sera hautement bénéfique pour les gros agriculteurs. Elle représente une grosse opportunité de gains. Toutefois, elle sera extrêmement désavantageuse pour les consommateurs, déjà victimes d’une crise alimentaire.

Quid des ressortissants africains en Ukraine?

L’Ukraine est une destination de choix pour de nombreux étudiants africains. Selon Quartz Africa, le Maroc, le Nigéria et l’Égypte figurent dans le top 10 des pays avec le plus grand nombre d’étudiants en Ukraine. Ceux-ci comptent respectivement 8 000, 4 000 et 3 500 étudiants. Les trois pays représentaient près de 20 % de tous les étudiants étrangers en Ukraine en 2020.Ces derniers, étudiant pour la plupart en médecine, se retrouvent bloqués au milieu des affrontements. À l’heure actuelle, aucune mesure n’a été prise pour leur évacuation.

Toutefois, des messages ont été publiés par les gouvernements pour exprimer leur inquiétude face à la situation. L’ambassade du Nigéria en Ukraine a annoncé qu’elle publiera des contacts d’urgence pour les ressortissants nigérians. Ceux-ci leur permettront d’effectuer des demandes de renseignements, des demandes consulaires et des demandes d’aide sociale. Les autorités ont également indiqué qu’elles mettraient tout en œuvre pour évacuer les étudiants dès la réouverture des aéroports.