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mardi 29, novembre 2022

Les grandes décisions de la COP 27

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Charm el-Cheikh a abrité pendant deux semaines la 27e Conférence des parties sur les changements climatiques (COP 27). Les négociations censées prendre fin le vendredi 18 novembre ont été prolongées jusqu’au dimanche 20 dans l’objectif de parvenir à un accord accepté de tous.

La question abordée durant ce sommet en Égypte a été le financement des pays affectés par le changement climatique. Malgré la réticence de certains au départ, les négociations ont abouti à un accord définitif approuvé à l’unanimité par les différentes parties présentes.

Le texte annoncé par le président de la COP 27, Sameh Shoukry, le dimanche matin est considéré par les experts comme un tournant historique dans la lutte contre le changement climatique. Pour une première fois, les principales victimes des catastrophes naturelles dues aux émissions de gaz à effet de serre (GES) seront dédommagées par les nations riches.

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La création d’un fonds dédié aux pertes et dommages climatiques

Sameh Shoukry, président de la COP 27.

La plus grande décision de la Conférence de Charm el-Cheikh a été l’approbation de la création d’un fonds pour les pertes et préjudices. Ce véhicule fournira des compensations aux pays pauvres affectés par le réchauffement climatique. Les plus grands bénéficiaires seront les États ayant été touchés par les catastrophes naturelles dont les causes résident dans l’augmentation des émissions de GES liées à l’activité humaine.

Les contributeurs au fonds seront identifiés au cours des prochains mois. Un « comité de transition » sera créé et aura pour mission de formuler les recommandations sur la manière de rendre opérationnel ce nouveau véhicule. Les travaux de cette équipe seront menés et achevés avant la COP 28 de Dubaï. Une première réunion devrait avoir lieu avant fin mars 2023.

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De nouveaux mécanismes de financements au profit des pays pauvres

Outre le fonds de compensation, les États ont validé la mise en place de nouveaux modes de financement pour aider les pays en développement à faire face aux effets du changement climatique. Le Réseau de Santiago sera bientôt mis en service. Il permettra d’apporter une assistance technique aux pays subissant des dégâts irréparables liés au phénomène.

L’accord de la COP 27 recommande aux nations riches de tenir, enfin, leur promesse de verser chaque année une aide de 100 milliards $ pour l’adaptation climatique dans les pays pauvres. Un nouveau Fonds d’adaptation a été créé au cours de la conférence pour renforcer la résilience des communautés vulnérables aux effets du changement climatique. Il a enregistré des promesses de dons de 230 millions $.

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Les financements collectifs annoncés

Certaines parties réunies à Charm el-Cheikh ou hors du territoire égyptien, en marge de la COP 27, ont promis de nouveaux financements pour la lutte contre le changement climatique. Le G7 a lancé un plan intitulé « Global Shield Financing Facility » pour fournir des fonds aux pays victimes de catastrophes climatiques. Le G20 a quant à lui annoncé un nouveau partenariat visant à mobiliser 20 milliards $ au cours des trois ou cinq prochaines années. Cette enveloppe permettra d’accélérer la transition énergétique.

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Un pool de pays, dont le Danemark, la Suède, l’Allemagne, la Suisse et la Slovénie, ont promis 105,6 millions $ pour soutenir le Fonds pour l’environnement mondial. Ce financement vise à répondre aux besoins immédiats d’adaptation au climat dans les pays à faible altitude et à faible revenu. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a par ailleurs annoncé un plan de 3,1 milliards $ pour garantir la protection de chaque habitant de la planète grâce aux systèmes d’alerte précoce. Les fonds seront mobilisés au cours des 5 prochaines années.

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Les actions phares…

Les États ont convenu d’intensifier leurs plans nationaux d’atténuation des effets du changement climatique. Ils ont été invités à renforcer leurs efforts pour la réduction progressive de l’énergie produite à partir du charbon. Ils ont également été exhortés à supprimer les subventions inefficaces aux combustibles fossiles.

Un programme de travail sur l’atténuation a été lancé pendant la COP 27. Ses travaux débuteront immédiatement après le sommet et se poursuivront jusqu’en 2030. Deux dialogues mondiaux seront organisés chaque année pour faire le point des avancées. Un « sommet sur l’ambition climatique » se tiendra en 2023 pour renforcer l’ambition des différentes parties pour l’atteinte des objectifs de l’Accord de Paris.

Des pays, représentant plus de la moitié du PIB mondial, se sont alliés pour lancer un plan de 25 nouvelles actions à mettre en œuvre avant la COP 28 de Dubaï. Ce programme ciblera les domaines de l’électricité, du transport routier, de l’acier, de l’hydrogène et de l’agriculture. Les 5 secteurs représentent plus de 50 % des émissions mondiales de GES. Les 25 actions prévues dans le plan visent à les décarboner et à réduire leurs émissions. Elles permettront également de diminuer les coûts de l’énergie à l’échelle mondiale, d’améliorer la sécurité alimentaire et de développer une agriculture durable.

Les nations ont, par ailleurs, été appelées à protéger les espaces verts qui constituent des puits de carbone pour la planète. Un Partenariat a été lancé à l’initiative des États-Unis, de la France et d’autres pays dont le Gabon pour unir les efforts des gouvernements, des entreprises et des responsables communautaires pour mettre un terme à la déforestation et à la dégradation des terres d’ici 2030. Un sommet sur la forêt est prévu pour début 2023 à Libreville.

Insatisfaction, frustration et déception dans le rang des défenseurs de l’environnement

Sherry Rehman, ministre pakistanaise du changement climatique à la COP 27.

Les acteurs intervenant dans la lutte contre le changement climatique ont été unanimes sur l’appréciation de la décision relative à la création d’un fonds dédié aux pertes et dommages climatiques. Tous ont salué la « justice » faite aux pays pauvres victimes du changement climatique. Il s’agit selon Sherry Rehman, ministre pakistanaise du changement climatique et présidente en exercice du groupe de négociation G77+Chine, citée par Ouest France, d’un « acompte sur l’investissement à plus long terme dans notre avenir commun et un investissement dans la justice climatique ». Le Pakistan, rappelons-le, a connu cet été des inondations catastrophiques qui ont tué plus de 1700 personnes.

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Certains défenseurs de l’environnement ont toutefois exprimé des réserves concernant l’atteinte de l’objectif de ce fonds. Ils doutent de la bonne volonté de certains pays riches à y contribuer, d’autant plus qu’ils n’ont pas pu tenir la promesse de fournir 100 milliards $ par an aux nations pauvres pour leur adaptation climatique. « Cela a été une longue lutte pour les pays développés afin d’obtenir ce fonds, le diable sera dans les détails et il faut encore que de l’argent y soit versé » a déclaré l’ONG Christian Aid. L’ONG Oxfam demande à ce que ce fonds devienne « fonctionnel au plus vite » en raison de l’urgence climatique. « (…) Les pays riches, principalement responsables du réchauffement de notre planète, doivent mobiliser dès maintenant d’importantes ressources pour aider les pays vulnérables » a indiqué l’organisation.

Le point de désaccord général de ce sommet a été l’absence de progrès vers la réduction des émissions de GES. Aucune clause contraignante n’a été incluse dans l’accord de la COP 27 pour atteindre cet objectif. Le document ne comporte d’ailleurs pas les termes « gaz » et « pétrole » alors que de nouveaux projets d’hydrocarbures voient le jour un peu partout dans le monde. Il ne fait qu’indiquer la nécessité de diminuer de 45% les émissions de GES d’ici 2030 pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C.

« C’est une vraie déception » selon Agnès Pannier-Runacher, ministre française de la Transition énergétique. « Nous devons drastiquement réduire les émissions maintenant et c’est une question à laquelle cette COP n’a pas répondu » a déploré le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. « Le monde ne peut pas se permettre de répéter une nouvelle COP comme celle-ci, qui ne parvient pas à accroître l’ambition, le financement et la crédibilité. (…) Les dirigeants ont laissé passer l’occasion d’accélérer l’élimination des combustibles fossiles, nous maintenant sur la voie de la catastrophe climatique » a commenté le Fonds mondial pour la nature (WWF). « C’est aberrant. Si nous n’abandonnons pas rapidement toutes les énergies fossiles, nous dépasserons le seuil critique de 1,5 °C et aucune somme d’argent ne pourra couvrir le coût des pertes et des préjudices de la crise climatique » a indiqué Greenpeace.

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La bonne nouvelle pour les pays africains

La création d’un fonds dédié aux pertes et dommages climatiques profitera notamment à l’Afrique. La région ne représente que 4 % des émissions mondiales de GES, mais subit gravement les effets dévastateurs du changement climatique. Selon la Banque africaine de développement (BAD), l’Afrique compte 90 % des pays les plus vulnérables au changement climatique. Ceux-ci ont pendant longtemps demandé à ce que les nations riches leur fournissent les financements nécessaires pour leur adaptation climatique.

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Le nouveau fonds devrait leur apporter de la satisfaction. Il profitera notamment à des pays comme le Nigeria en Afrique de l’Ouest. L’État anglophone est actuellement confronté à la montée du niveau des eaux dans plusieurs de ses États. Les inondations causées par les pluies de cette année ont tué plus de 600 personnes et blessé 2776 autres. Plus de 120 000 maisons ont été dévastées et 392 000 hectares de terres agricoles ravagées. 1,5 million de Nigérians se sont déplacés à l’intérieur du pays pour trouver un abri hors des eaux. Au Niger voisin, 263 000 personnes sont actuellement sinistrées à cause des inondations. Les eaux de pluie massives ont entraîné la mort d’environ 200 personnes et ont dévasté 30 000 maisons, 232 greniers à céréales et 6 centres de santé.

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Les pays de la Corne de l’Afrique devraient aussi bénéficier du fonds nouvellement créé. Ils sont confrontés depuis plusieurs mois à la pire sécheresse de ces 40 dernières années. Les pluies sont extrêmement rares, entraînant des pertes massives de production agricole. En 2022, plus de 9,2 millions de têtes de bétail ont perdu la vie dans la région. 22 millions de personnes sont désormais en situation d’insécurité alimentaire en Afrique de l’Est selon le rapport publié mardi par le Programme alimentaire mondial (PAM). 

En Afrique australe, le Mozambique devrait être le pays le plus éligible au fonds.  Il a été classé au premier rang des États les plus vulnérables au changement climatique en 2021 selon l’indice annuel de l’ONG GermanWatch. À ses côtés, on retrouve le Malawi et le Zimbabwe. Ces nations ont récemment été frappées par de violents cyclones qui ont dévasté leurs infrastructures et ravagé leurs cultures. Le cyclone ayant sévi en mars 2019 a fait 600 morts et mis 2,5 millions de personnes dans le besoin au Mozambique. En 2022, le pays a été touché par 5 cyclones et tempêtes tropicales. Celui de Gombe en mars dernier a tué plus de 60 personnes et affecté 736 000 autres.

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