La Chine oblige l’Ouganda à verser tous les revenus de l’aéroport d’Entebbe dans un compte séquestre

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Entrée du hall de l’aéroport d'Entebbe

La Chine impose à l’Ouganda de verser tous les revenus de l’aéroport d’Entebbe dans un compte séquestre. Ces clauses sont contenues dans le contrat d’extension de l’aéroport d’Entebbe, indique le centre de recherche américain AidData.

La Chine impose des clauses léonines au contrat d’expansion de l’aéroport d’Entebbe en Ouganda. Ces clauses obligent le pays à verser tous les revenus de l’infrastructure dans un compte séquestre. L’information a été révélée par le centre de recherche américain AidData.

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L’Ouganda se voit refuser l’accès aux revenus d’Entebbe avant le remboursement du prêt chinois

L’extension de l’aéroport d’Entebbe a été financée par la Banque chinoise d’import/export.  Cette institution financière a accordé un prêt de 200 millions $ en 2015 pour l’expansion et la modernisation de l’installation. Les clauses de l’accord de prêt stipulent que l’État ougandais déposera toutes ses recettes aéroportuaires dans un compte séquestre, rapporte France24. Il s’agit d’un compte  détenu conjointement avec le créancier. En outre, le pays est tenu de rembourser d’abord le prêt chinois, avant d’engager toute autre dépense. « Il s’agit des clauses les plus léonines que nous ayons jamais vues », a déclaré Bradley Parks, un responsable d’AidData, cité par France24. Selon lui, ce contrat limite l’autonomie budgétaire de l’Ouganda.

Selon AidData, les créanciers chinois ont la réputation d’imposer aux États des clauses de remboursement en fonction des revenus attendus des infrastructures. Or, le contrat d’Entebbe couvre l’ensemble des revenus de l’aéroport. Pourtant, les travaux ne portent que sur l’extension financée par la Chine.

En fin 2021, des informations stipulaient que le pays d’Afrique de l’Est pourrait céder l’aéroport à la Chine si le prêt n’était pas remboursé. Cette rumeur a été démentie par les deux parties. L’aéroport d’Entebbe, le seul du pays, a été construit en 1951. Il génère environ 67,2 millions $ par an, avant son extension. Une partie de ces fonds était utilisée pour financer les services publics, explique AidData.

Les prêts de la Chine alourdissent la dette des pays africains

La Chine est le plus grand bailleur de fonds des infrastructures en Afrique. Mais Pékin est accusé de prendre ses clients au « piège de la dette ». Selon des spéculations, la Chine accorde des prêts que les pays africains sont incapables de rembourser. Selon BBC Afrique, la Chine accorde des prêts à des taux d’intérêt plus élevés que les gouvernements occidentaux. « À environ 4 %, ces prêts sont proches des taux du marché commercial et environ quatre fois supérieurs à ceux d’un prêt typique de la Banque mondiale ou d’un pays individuel comme la France ou l’Allemagne », indique BBC Afrique.

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En outre, la période de remboursement requise pour un prêt chinois est généralement plus courte. Soit moins de 10 ans, contre environ 28 ans pour les prêts concessionnels accordés par d’autres prêteurs aux pays en développement. À fin 2020, les prêts de la Chine aux pays à revenu faible ou intermédiaire avaient triplé au cours de la dernière décennie. Ces prêts ont atteint 170 milliards $, a rapporté BBC Afrique.