Le monde compte 425 grands projets d’énergies fossiles capables de compromettre la lutte contre le changement climatique

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Bombes climatiques
Les projets dits « bombes carbone » sont capables de freiner les progrès de la lutte contre le réchauffement de la planète.

Une nouvelle étude a identifié des projets d’exploitation de combustibles fossiles en cours dans le monde et même en Afrique. Ces projets dits « bombes carbone » sont capables de freiner les progrès de la lutte contre le réchauffement de la planète.

Des chercheurs ont publié la semaine dernière un nouveau rapport identifiant les principaux projets d’extraction de combustibles fossiles dans le monde. Selon le document, près de 425 projets de ce type sont en cours de réalisation dans le monde. Or, ces « bombes climatiques » sont capables d’aggraver la crise climatique. Le rapport est intitulé « Bombes carbone- Cartographie des principaux projets de combustibles fossiles ».

Les chercheurs considèrent comme des « bombes carbone » ou « bombes climatiques », tous les projets d’extraction de combustibles fossiles (charbon, pétrole et gaz) pouvant émettre plus d’un milliard de tonnes de CO2 au cours de leur durée de vie. Selon l’étude, il y a au total 425 projets de ce type en cours dans le monde, dont 195 projets pétroliers et gaziers et 230 mines de charbon. Ils ont été recensés dans 48 pays. L’ensemble de ces infrastructures pourraient émettre deux fois le seuil d’émissions à ne pas dépasser pour espérer maintenir le réchauffement climatique à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle, rapporte Le Monde.

Environ 21 « bombes carbone » identifiées en Afrique

Selon l’étude, les « bombes carbone » sont concentrées dans dix pays. Il s’agit de la Chine, la Russie, les États-Unis, l’Iran, l’Arabie Saoudite, l’Australie, l’Inde, le Qatar, le Canada et l’Irak. Ces pays représentent les trois quarts des projets en cours.

Cependant, l’Afrique, qui est la plus touchée par le changement climatique, a également une part de ces projets. En effet, près de 21 « bombes carbone » sont en cours dans sept pays africains. Il s’agit de l’Algérie, l’Afrique du Sud, la Tanzanie, la Libye, le Mozambique, le Zimbabwe et le Nigeria.  Selon le rapport Rystad 2020, l’Afrique du Sud est en tête avec sept projets, dont la mine de charbon de Grootegeluk capable de produire 6,9 gigatonnes de carbone (Gt CO2). Le projet de gaz et de pétrole Tannezuft Shale (2,3 Gt CO2) et la mine de charbon Zambezi (4,1 Gt CO2) ont été identifiés respectivement en Algérie et au Mozambique.

Des projets toujours en cours malgré les appels à l’abandon des combustibles fossiles

Selon les scientifiques, les combustibles fossiles sont responsables de 80 % des émissions de gaz à effet de serre. De nombreuses organisations internationales, dont le GIEC, ont rappelé la nécessité de sortir des énergies fossiles. « Les principaux émetteurs doivent réduire considérablement leurs émissions, dès maintenant », a déclaré le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres. La question a été au cœur des négociations de la COP26 en novembre dernier.

Selon Kjell Kühne, doctorant à l’université de Leeds au Royaume-Uni, et auteur du rapport, « les conversations sur le niveau d’émissions de gaz à effet de serre à atteindre ou les pourcentages de réduction peuvent être vraiment abstraits ». Pour lui, cette nouvelle étude sur les « bombes carbone » peut aider à savoir comment avoir un impact significatif et concret dans chaque pays.

Selon une étude publiée dans Nature en 2021, près de 60 % des réserves de pétrole et de gaz et 90 % des réserves de charbon devraient être laissées dans le sol d’ici 2050. Cela permettrait de réduire la production de pétrole et de gaz de 3 % et celle de charbon de 7 % chaque année. Actuellement, la production de combustibles fossiles représente 80 % de la demande d’énergie primaire. Avec cette tendance, la production devrait augmenter de 2 % par an au cours de cette décennie.

Les auteurs du rapport appellent à l’arrêt du lancement de nouveaux projets. Ils préconisent également de réduire la production des projets existants. Avec la hausse des prix de l’énergie et le développement rapide des énergies renouvelables, « une partie des 425 projets d’énergies fossiles qui ne sont pas encore en activité pourraient ne pas voir le jour », estime Marc-Antoine Eyl-Mazzega. Il est directeur du Centre énergie et climat de l’Institut français des relations internationales.

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Les « bombes carbone » en cours dans les pays Africains et leur capacité

  • Algérie

Projet de gaz et pétrole de Tannezuft Shale (2,3 Gt CO2)

Projet de gaz et pétrole de Hassi R’Mel (2,3 Gt CO2)

Projet de gaz et pétrole  de Hassi Massaoud (1,2 Gt CO2)

  • Afrique du Sud

Mine de charbon de Grootegeluk (6,9 Gt CO2)

Projet de charbon de Greater Soutpansberg (2,8 Gt CO2)

Mine de charbon de Boikarabelo (2,4 Gt CO2)

Projet de gaz et pétrole de Collingham Shale (1,8 Gt CO2)

Mine de charbon de Paardekop (1,7 Gt CO2)

Mine de charbon de New Largo (1,4 Gt CO2)

Mine de charbon de Bernice-Cygnus (1,1 Gt CO2)

  • Tanzanie

Projet de gaz et pétrole Tanzanian Coastal Offshore (1 Gt CO2)

  • Libye

Projet de gaz et pétrole de Sirte Shale (1,7 Gt CO2)

Projet de gaz et pétrole de El Sharara (1 Gt CO2)

  • Mozambique

Mine de charbon de Zambezi (4,1 Gt CO2)

Mine de charbon de Chirodzi (2,9 Gt CO2)

Mine de charbon de Revuboe (1,4 Gt CO2)

Projet de gaz et pétrole MZLNG joint Development T1-T2 (1,3 Gt CO2)

Projet de gaz et pétrole Area 1 Future Phases (1 Gt CO2)

Projet de gaz et pétrole Area 1 LNG T1&T2 (1 Gt CO2)

  • Nigeria

Projet de Gaz et pétrole NLNG Base (1 Gt CO2)

  • Zimbabwe

Projet de charbon de Sengwe Colliery (1 Gt CO2)

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