Les fabricants de véhicules électriques face à la menace d’une pénurie de nickel

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Batterie d'une voiture électrique

Avec la transition mondiale vers les énergies renouvelables, le marché du nickel enregistrera une demande constamment haussière au cours des prochaines années. L’offre ne sera cependant pas suffisante pour couvrir les besoins des industries. Les constructeurs de véhicules électriques devront relever un grand défi pour tenir dans le boom industriel qui s’annonce dans leur secteur.

Le nickel est un métal très important dans l’industrie de la construction de véhicules électriques. Il permet de concevoir les batteries devant alimenter les automobiles vertes. Sa demande sur le marché mondial enregistrera une hausse inédite au cours des prochaines années. D’après une analyse de la société indépendante de recherche Rystad Energy, les besoins en nickel dépasseront l’offre mondiale d’ici 2024. Ils passeront à 3,4 millions de tonnes (Mt) en 2024 pour une offre de 3,2 Mt. Cet écart de 200 000 tonnes va s’élargir à 560 000 tonnes en 2026. 

Un casse-tête imminent pour le secteur

La pénurie de nickel qui s’annonce pose un véritable problème pour l’industrie de la fabrication des véhicules électriques. En 2019, Sarah Maryssael, responsable des achats de matériaux pour batteries chez Tesla, a déclaré qu’un déficit de nickel « pourrait étrangler les constructeurs de voitures branchées ». Pour cause, les dernières générations de batteries électriques, sont à 70 % (et plus) constituées de nickel. Le manque de ce métal à l’échelle mondiale mettrait à mal la transition vers des véhicules moins pollueurs. Cette situation sera défavorable au secteur puisque le marché des voitures électriques est en forte croissance. En 2020, le nombre de véhicules électriques conçus et vendus dans le monde a cru de 180 %, selon un article de L’Automobile & L’Entreprise. En 2021, la part des véhicules électriques et hybrides rechargeables sur le marché mondial de l’automobile, doublera par rapport à l’année écoulée. 

Faire avec ou chercher de nouveaux gisements de nickel

Face à la pénurie qui s’annonce, les constructeurs de véhicules électriques seront contraints de prendre des mesures idoines. Ils pourraient décider de se contenter du déficit de nickel en associant ce dernier avec d’autres métaux suffisamment disponibles pour fabriquer leurs batteries électriques. Ils devront alors développer des techniques de combinaison dite « chimique ». Il s’agit notamment du NMC (nickel-manganèse-cobalt) et du NCA (nickel-cobalt-aluminium). Toutefois, les batteries conçues grâce à ces techniques ne seront pas aussi performantes que celles qui ont une forte concentration en nickel. 

L’autre solution qui s’offre aux constructeurs réside dans la recherche de nouveaux gisements de nickel. « La pénurie de nickel pourrait (aussi) pousser l’industrie à se tourner vers des gisements qui étaient peu attrayants auparavant, notamment ceux d’Indonésie » a déclaré James Ley, vice-président chez Rystad Energy. « Cependant, poursuit-il, le processus pour extraire le nickel de ces nouveaux gisements pose des problèmes liés aux risques environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ». Cette solution-ci est assez inenvisageable pour les constructeurs. Surtout en cette période où la priorité majeure des Etats et des organisations du monde est de réduire l’impact environnemental des industries. Pour James Ley, les constructeurs devraient se focaliser davantage sur des solutions beaucoup plus scientifiques et innovantes. 

Des opportunités pour l’Afrique ?

L’Afrique n’est pas encore très active sur le marché mondial du nickel. Pour l’instant, l’Afrique du Sud et Madagascar sont les seuls pays du continent à figurer à l’échelle internationale. Ils occupent respectivement les 10e et 13e places au classement des producteurs mondiaux de nickel. En 2019, ils ont extrait un total de 77 000 tonnes, soit la moitié de la production canadienne. 

La tendance pourrait cependant changer au profit de l’Afrique, notamment avec l’arrivée de la Tanzanie sur le marché du nickel, grâce à sa mine de Kabanga. Les réserves de cette dernière sont estimées à 1,52 millions de tonnes. En ajoutant à cela, les réserves sud-africaines et tanzaniennes, on totalise des gisements de 5,8 millions de tonnes de nickel disponibles, uniquement dans ces trois pays. En supposant un prix constant de 20 000 $ pour la tonne de nickel (prix du 28 octobre dernier), ces trois nations collecteront 116 milliards $ au cours des 3 à 5 prochaines décennies. Or, les experts prévoient une hausse constante du prix du nickel au cours des prochaines années. Ce qui augmentera l’encours des revenus que peuvent tirer ces trois Etats, du nickel dont ils disposent. L’enjeu primordial sera cependant d’investir dans la capacité de production des industries de nickel africaines. D’autant que de nouvelles mines sont découvertes dans des pays comme la Zambie et la RDC. 

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Fidèle DJIMADJA