Maroc : le fleuve Moulouya a cessé de se déverser dans la mer pour la première fois de son histoire

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Le fleuve Moulouya, l'un des plus longs fleuves du Maroc

L’assèchement de la Moulouya, l’un des plus longs fleuves du Maroc, menace les terres agricoles et la biodiversité. Le débit a été affaibli par le pompage excessif de l’eau, selon les écologistes. 

Asséché par le drainage de quatre barrages et deux stations de pompage, le fleuve de la Moulouya s’éteint avant son embouchure en mer Méditerranée, rapporte Yabiladi. Les militants écologistes pointent du doigt les autorisations de construction de stations de pompage de l’Agence du bassin hydraulique de la Malouya (ABHM). Mais cette dernière assure que le dessèchement du fleuve est dû à la sécheresse. 

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« Ce qui arrive actuellement était prévisible. Cela fait dix à onze mois que nous alertons l’opinion publique et les décideurs sur les conséquences des stations, en vain ». C’est ce qu’a déclaré Mohamed Benata, agronome et géographe à la retraite. Il a qualifié le phénomène de dramatique car l’eau de mer remonte sur 15 kilomètres dans le lit de la Moulouya, parcourant plus de 500 km depuis les montagnes du Moyen Atlas. Cette situation pousse les riverains à abandonner l’exploitation de leurs terres à cause d’un excès de salinité.

D’après la RTBF, le ministère marocain de l’Agriculture impute l’assèchement du fleuve et sa salinité à la sécheresse. « Certes, les stations de pompage ont un impact sur le débit du fleuve, mais des études ont été réalisées en amont pour éviter tout déséquilibre », assure à l’AFP le directeur régional du ministère, Mohamed Bousfou. « Pour la répartition de l’eau douce, on la distribue en priorité à l’arboriculture plutôt qu’aux cultures maraîchères parce qu’on vit une situation exceptionnelle de sécheresse », assure-t-il. 

Les exigences des environnementalistes

Selon le collectif de l’Ecolo Plateforme du Nord du Maroc, il est impératif « d’arrêter l’épuisement des ressources en eau de la rivière Moulouya. Il faut activer les mécanismes de bonne gouvernance et de gestion durable et rationnelle des cours d’eau ».

Pour Benata, le ministère ne doit pas pomper au-dessus de ce qui est possible. Il ne reste plus rien pour la nature avec les stations de pompage et les barrages. Ils doivent laisser un petit débit et veiller au respect de cette mesure. De plus, ce phénomène n’est pas sans conséquence sur la faune et la flore alentours. « Lorsque l’eau n’est plus courante et ne coule plus, il y aura automatiquement de la pétrification et de mauvaises odeurs dans les eaux qui stagnent au niveau de la zone. Il faut donc s’attendre à la mortalité des poissons et la dégradation de la biodiversité », détaille-t-il.

Notons que l’aridité est amenée à augmenter progressivement au Maroc jusqu’en 2050. Une baisse de la pluviométrie (-11 %) est attendue et une augmentation de la température (+1,3 °C), selon un rapport du ministère de l’Agriculture. Elle entraînera une diminution de la disponibilité en eau d’irrigation de plus de 25 %.

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