Changement climatique : Plus de 15 000 transmissions virales interespèces auront lieu d’ici 2070

0
597
Cohabitation-interespèce
Une nouvelle étude annonce plus de 15 000 nouvelles transmissions virales d'ici 2070 à cause du changement climatique.

Le changement climatique ne fera pas qu’augmenter le nombre de catastrophes dans le monde. Les êtres vivants seront aussi confrontés à l’émergence de nouvelles maladies dues aux transmissions interespèces. D’après les experts, bon nombre d’entre elles toucheront les humains.

Les phénomènes naturels tels que les inondations et les tempêtes ne seront pas les seules conséquences du changement climatique au cours des prochaines années. Une nouvelle étude réalisée par l’ONG américaine EcoHealth Alliance et publiée dans la revue Nature alerte l’humanité sur l’une des catastrophes sanitaires qui s’annoncent à l’horizon. D’après les chercheurs, de nouvelles maladies émergeront au sein de la population animale. Elles proviendront des transmissions interespèces qui se propageront à grande échelle au cours des années à venir.

La modification des écosystèmes mondiaux contraindra de nombreuses espèces animales à se déplacer vers des habitats plus sûrs. Cette migration entraînera des rencontres et des cohabitations inédites, facilitant, par la même occasion, la transmission des virus et des bactéries que porte chacune des espèces en déplacement. « (…) De nouvelles coexistences d’espèces vont advenir à large échelle spatiale, les barrières de rencontre vont disparaître » indique Jean-François Guégan, un chercheur cité par Le Monde, mais qui n’a pas contribué à la présente étude. Selon lui, la cohabitation qui s’annonce « va provoquer de plus en plus de transmissions virales ou bactériennes entre espèces ». La nouvelle étude publiée hier en prévoit au moins 15 000 d’ici 2070. Certaines d’entre elles seront « parfois quasiment imprévisibles », prévient Guégan.

Des zoonoses en approche

Les maladies qui découleront de ces transmissions provoqueront des zoonoses, avertissent les auteurs de l’étude. Avec l’augmentation de la population humaine, les transmissions interespèces finiront par s’étendre à l’homme. D’après les prévisions, nous serons près de 10 milliards d’humains vers la moitié du siècle en cours. Cette densité élargira les espaces occupés par l’homme, augmentant les risques de rapprochement des habitats des hommes et des animaux.

Certaines régions seront particulièrement plus exposées au phénomène. Il s’agit notamment du Sahel en Afrique, de l’Inde et de la Chine en Asie. Des espaces européens seront également propices à cette cohabitation d’espèces. La prolifération des transmissions interespèces sera « le problème de tout le monde ». « (…) Dans chaque simulation que nous faisons, explique Colin Carlson qui a coécrit ce rapport, le changement climatique crée un certain nombre de hotspots dans notre arrière-cour ».

Lire aussi : Le changement climatique favorise la propagation des maladies infectieuses (The Lancet)

Une étude admise, mais avec quelques réserves

Les résultats de cette recherche ne font pas totalement l’unanimité au sein de la communauté scientifique. Le postulat selon lequel les animaux migrent avec leurs virus et bactéries n’est pas forcément fondé. C’est par exemple l’avis de Jean-François Guégan qui est aussi directeur de recherche de classe exceptionnelle à l’Institut national de recherche pour l’agronomie, l’alimentation et l’environnement et à l’Institut de recherche pour le développement.

D’après lui, « les auteurs ne prennent pas en compte plusieurs paramètres ». Ils ont par exemple ignoré la « théorie selon laquelle à chaque fois qu’une population d’espèce animale se déplace, il y a moins d’individus porteurs de pathogènes à se déplacer ». À partir de cet instant, les risques de transmission tels que définis dans ce rapport sont moindres. Ce qui pourrait, a priori, fausser la prévision d’au moins 15 000 transmissions interespèces d’ici 2070.

Une recherche incomplète

La présente étude serait incomplète selon le professeur virologue Marc Eloit, responsable du laboratoire Découverte de pathogènes à l’Institut Pasteur. Elle ne tient pas compte des autres vecteurs de transmissions interespèces qui existent. Le grand absent dans ce rapport n’est nul autre que le moustique dont « les aires de répartition sont profondément modifiées par le réchauffement » selon le chercheur.

Cette espèce est à l’origine de l’émergence de certaines maladies exotiques causées par des virus tels que Zika, Chikungunya et la Dengue qui a beaucoup sévi en Afrique de l’Ouest ces 10 dernières années. D’après le rapport intitulé : « Dengue virus circulation in West Africa: An emerging public health issue » publié en février 2022 sur le site de Médecine Sciences, la dengue est l’arbovirose la plus répandue dans le monde. On en compte 390 millions de cas avec plus de 25 000 décès par an.

Des solutions à mettre en œuvre pour la protection animale et humaine

Les chercheurs, auteurs de l’étude ou pas, martèlent tous la nécessité et l’urgence de prendre des mesures atténuantes. Les contacts interespèces ont déjà commencé. L’atteinte des objectifs climatiques n’empêchera pas les migrations animales. Pour protéger aussi bien les animaux que les humains, des infrastructures sanitaires doivent être construites.

Les auteurs recommandent une surveillance active et accrue des animaux sauvages, de leur déplacement et des maladies qu’ils développent. Il faudra aussi former le personnel sanitaire et vétérinaire pour se préparer aux possibles zoonoses. La sensibilisation de la population sur les risques à venir est notamment importante. Les pays où le contact homme-animal sera le plus accentué doivent mettre en place des dispositifs de prévention et anticiper les actions à mener au cas échéant.

Lire aussi : Le changement climatique menace d’annuler les progrès dans la lutte contre le paludisme

Fidèle DJIMADJA