Tchad : Les investissements nécessaires à la lutte contre le réchauffement climatique sont supérieurs au PIB annuel

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Changement climatique
Au Tchad, le coût de la lutte contre le changement climatique d'ici à 2030 s'élève à 11,70 milliards $, soit environ, 102% du PIB.

Il faudra plus que l’équivalent du PIB pour financer l’atténuation et l’adaptation au changement climatique. La Banque mondiale recommande cependant de nouvelles sources de financements pour y parvenir. 

Le Tchad s’est engagé à la COP 26 de Glasgow à atteindre des émissions nettes nulles d’ici à 2050. Le plan mis en place par les autorités prévoit des investissements de 11,70 milliards $ d’ici à 2030. Cette somme représente l’équivalent de 102% du PIB tchadien. Elle servira à l’atténuation des effets du changement climatique ainsi qu’à l’adaptation. 

Le plan comprend les Contributions déterminées au niveau national (CDN) du Tchad, conformément aux objectifs de l’Accord de Paris. Il couvrira les secteurs de l’agriculture, de l’élevage, de la conservation des écosystèmes, de la biodiversité et des forêts, de l’eau et de l’assainissement, de l’énergie et des infrastructures, de la santé, de l’éducation, etc. 

L’agriculture, le secteur le plus menacé

L’agriculture et l’élevage constituent les moyens de subsistance pour la plupart des ménages tchadiens. D’après la Banque mondiale, l’agriculture représente à elle seule 75,1% des emplois dans le pays et près de 40% du PIB. Les acteurs du secteur sont cependant confrontés à la sécheresse, au stress hydrique, à la dégradation de l’environnement et aux inondations. Ces phénomènes menacent la survie de plusieurs millions de Tchadiens. 

« La très grande vulnérabilité climatique annuelle sur les rendements des cultures pluviales et du bétail constitue un défi supplémentaire pour le secteur agricole, ayant des conséquences sur la sécurité alimentaire »indique la Banque mondiale dans un document intitulé le « Rapport national sur le climat et le développement ». En 2022, le Tchad a connu les plus fortes précipitations de ces 30 dernières années. Près de 465 000 hectares de cultures détruites ont été recensés en novembre 2022. Le pays comptait, à ce moment, plus de 2,1 millions de personnes souffrant de la faim et 10% des enfants de moins de 5 ans étaient affectés par la malnutrition aigüe.

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Les pertes économiques…

Le changement climatique pourrait faire perdre plusieurs milliards $ à l’économie tchadienne. D’après la Banque mondiale, le PIB du pays chutera d’ici à 2050, peu importe le scénario qui se présentera. Dans un climat humide et optimiste, le Tchad verra son PIB tomber de 4,2% dans les 27 prochaines années. Le taux de pauvreté actuellement estimé à environ, 38% augmentera d’au moins 3,5% sur la période. Dans un climat sec et pessimiste, la chute du PIB sera de 10,5% et la pauvreté bondira de plus de 10% d’ici à 2050.

Ces pertes économiques ne prennent en compte que les effets combinés de 6 facteurs : baisse des rendements des cultures pluviales, chute des rendements du bétail, baisse de la productivité liée aux fortes chaleurs, chute de la productivité liée à la détérioration de la santé humaine, dégâts causés par les inondations, dommages occasionnés aux routes et aux ports. Avec d’autres facteurs comme la pénurie d’eau, les conflits, les migrations, le coût économique sera faramineux pour le Tchad. 

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Opter pour de nouvelles sources de financement

La crise de Covid-19 et maintenant celle de la guerre en Ukraine ont plongé le Tchad dans une crise économique et financière inédite. Le pays est récemment parvenu à un accord avec ses créanciers bilatéraux pour restructurer sa dette extérieure après avoir fait défaut quelques années plus tôt.

Parmi les méthodes de financement proposées par la Banque mondiale, on peut citer la mise en place d’« instruments préétablis de rétention, de partage et de transfert des risques ». Ceux-ci permettront notamment de fournir rapidement de la liquidité peu coûteuse à la suite d’un ou plusieurs chocs climatiques. Avec la restructuration de sa dette, le Tchad pourrait aussi lever des obligations vertes et durables pour financer ses projets climatiques. 

Le prêteur recommande également « d’explorer les droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI » et de stimuler l’investissement privé. Le gouvernement devrait à cet effet organiser une table ronde regroupant des partenaires, des promoteurs et des donateurs « pour éliminer les obstacles aux investissements dans le domaine de la lutte contre le changement climatique »

Plus que tout, les autorités ont été invitées à mettre en œuvre les engagements pris à la COP 26 de Glasgow. Cela donnera de la garantie et de la confiance aux investisseurs et aux partenaires internationaux qui n’hésiteront pas à fournir plus de financements climatiques. La Banque mondiale se tient elle-même prête à soutenir le Tchad dans l’accomplissement de ses Contributions déterminées au niveau national.

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Fidèle DJIMADJA